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Retour à la vie

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Retour à la vie.

2019. Après un burn-out, quelques mois à l’étranger et une année à travailler, je décide de reprendre mes problèmes à bras le corps.

Je sors de cette ombre qui m’envahit, cette noirceur constante qui avait fini par me définir. Après la case thérapie, je décide de reprendre mes études, de terminer ce que j’avais commencé, loin de la douleur ventrale qui me tordait en deux quelques mois auparavant. En septembre 2019, je ferai ma rentrée dans cette école qui m’avait vue couler, dans ce domaine qui m’avait happée.

Pourquoi ce besoin de retourner là où tout a commencé ?

J’ai pensé que retourner au point de départ d’un mal être profond serait une chance de vivre une seconde fois les choses. Une chance, parce que cette fois je serai en mesure d’analyser, de réfléchir aux situations devant lesquelles je serais confrontée. Je pourrai faire une pause en moi-même et décider comment agir tout en m’assurant de sortir des schémas dans lesquels, deux ans plus tôt, je m’étais enfermée. Je ne subirai plus, je me le suis promis.

Consciente du danger mental que pouvait causer ce choix, j’y suis tout de même allée.

Source : Fotografierende (Pexels)

Les premières semaines, plus difficiles que prévues, m’ont fait prendre conscience qu’on ne guérit jamais vraiment d’une blessure aussi profonde. Si la guérison n’est pas une option, il est alors nécessaire d’apprendre à avancer avec. Apprendre à se connaitre assez pour se protéger de situations parfois compliquées.

Parce que dans la vie, rien n’est jamais parfait, ni simple, ni facile. Sinon, nous risquerions fort de nous ennuyer. C’est d’ailleurs pour cela que l’on constate chez certain.e.s une tendance à se mettre dans des situations délicates. Celles-là même qui nous font trembler, frissonner, pleurer, ce sont aussi celles qui nous apportent les plus grandes joies. Qu’elles soient positives ou négatives, ces sensations fortes nous font vibrer, et c’est cela même qui nous fait nous sentir en vie.

A quoi bon si je ne ressens rien ?

Premier jour, mon corps se souvient. Le traumatisme lui a laissé des marques. A peine le portail passé, je sens mes épaules, mes bras, mon dos se raidir.

Je me tétanise, puis je réalise que rien ne se passe et que je suis toujours en vie. Je prends une grande bouffée d’air frais, lève les yeux, regarde le ciel clair des matinées de septembre, vois quelques oiseaux passer. Je m’imagine alors voler avec eux, m’élever, voir tout cela d’en haut, me regarder indifféremment. Lorsque le stress monte, m’imaginer regarder la situation dans laquelle je suis d’un autre œil, d’un autre point de vue quel qu’il soit, me permet de tout remettre en perspective et de pouvoir respirer à nouveau.

Le poids qui m’écrase l’estomac se dissipe, mais le nœud dans ma gorge persiste. Je sais que rien ne sera simple. Je le savais en me réinscrivant. Si au moment de passer les portes tout me parait insurmontable, je sais que tout ira bien par la suite. Tout finit toujours par s’arranger, j’en suis persuadée. J’espère simplement réussir à trouver la force en moi d’avancer, de continuer et de pouvoir dépasser ces peurs profondes.

Source : Anna Shvets (Pexels)

Je sens que résonnent dans chacun de mes membres les échos physiques de mes douleurs passées. Je ferme les yeux et promet à mon corps que jamais je ne lui ferai subir de nouveau une telle situation.

Récupérant peu à peu l’usage de mes jambes coupées par le vent d’anxiété, je m’approche et j’ouvre la porte. Je respire encore. Aller, l’année commence.

Je rentre. Les autres affichent ce sourire gêné, celui de la politesse des premiers jours. C’est gentil de leur part, mais ça me met encore plus mal à l’aise. Je n’ai jamais été douée pour échanger des banalités et ça ne m’intéresse pas.

Je m’assois, discute un peu, puis le corps enseignant prend place sur l’estrade, devant toute la classe. Le même discours de rentrée, la même histoire racontée, mon sang se glace : je revis la situation exacte de ma rentrée, deux années auparavant. Comme un cauchemar d’enfant où rien ne se résout et la situation recommence alors de plus belle chaque nuit.

Je ne me laisserai plus faire, je me le suis promis. Je prends un instant de réflexion avec moi-même pour comprendre cette situation que je vis clairement comme une agression. Ne m’étais-je pas préparée à cela ? Pour quelles raisons est-ce aussi violent ? Et comment faire alors pour être sûre de ne pas refaire les mêmes erreurs ?

Les directeurs continuent leur listing interminable des projets à faire, alors que nous n’avons franchi les portes de l’école que depuis quelques heures. Je sens une bouffée d’air chaud me prendre aux joues ; ce vent d’angoisse qui revient me prend de nouveau à la gorge et étouffe ma respiration.

Comment faire pour être sûre de ne pas refaire les mêmes erreurs ?

Rien n’est sûr, je le comprends, aucune solution imparable, rien pour me tirer de là. Je dois me faire confiance, compter sur moi, et surtout prendre garde à faire les choses différemment.

Mais je ne lâcherai rien parce que cette fois c’est mon choix. Je n’y suis pas retournée parce qu’on me l’a imposé, je n’ai pas suivi le système scolaire qui nous pousse vers des branches, des diplômes, des entreprises sans réfléchir. J’ai pris le temps de me poser et je sais ce que je veux faire de ma vie, ce qui me passionne. Seulement je vais avoir besoin d’un peu de courage et de soutien.

Les premiers jours se passent avec difficulté, sans cesse plongée dans les souvenirs de ma vie passée. Je finis par taper du poing sur la table : ça ne se passera pas comme ça ! Je ne passerai pas une année supplémentaire à vivre dans la peur. La peur de m’assumer, d’être qui je suis, de faire ce que j’ai envie. J’ai mis toutes les chances de mon côté, je m’écoute cette fois alors tout sera différent.

Je ralentis, moins vite. Pause. Respiration. On se recentre.

Source : Fanny Tosoni – @fannnyto (Instagram)

Mes démons me courent après, encore et encore. Je pensais m’en être débarrassée. Mais sitôt replongée dans une situation similaire, les mécanismes mentaux de mon cerveau reprennent de plus belle les schémas classiques qui m’ont menée à ma perte. A la différence près que cette fois-ci, je m’en rends compte et je suis prête à changer, à évoluer de manière saine pour améliorer chaque cellule qui me constitue.

Chaque jour représente une montagne à franchir. Entre septembre et juillet, j’ai gravi mentalement l’équivalent du Mont Blanc. Mais ça valait le coup. Chaque jour qui s’est écoulé m’en appris plus sur moi que j’aurais pu l’imaginer. Et des jours difficiles je peux vous assurer qu’il y en a eu. C’est d’ailleurs ceux dont je retire le plus d’enseignements. La seule différence c’est que j’ai appris à m’écouter. En m’affranchissant comme j’ai pu (j’ai encore du boulot) des attentes de la société, de mes pairs, j’ai essayé de vivre cette année pour moi.

Aujourd’hui, en janvier 2021, je regarde derrière moi et je suis heureuse d’avoir choisi ce chemin qui me semblait si difficile. J’ai pu me lancer, voler de mes propres ailes et je ne peux rien regretter. Même si la vie n’est pas toute rose, il faut croire en soi, nous pouvons toujours aller bien plus loin que ce que l’on pense, bien plus loin que les barrières mentales que l’on se fixe.

Fanny

Image d’accueil : Nadi Lindsay (Pexels)

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