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Pourquoi faisons-nous la bise aux femmes alors que les hommes se serrent la main ? *

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*Dans la société française

@kayeblegvag-ceramics (Tumblr)

Depuis toujours, je n’ai jamais apprécié le contact physique avec autrui.

Quand je suis arrivée en 6ème, je me souviens que c’est à ce moment là que mes copines voulaient que l’on se fasse la bise pour dire se dire bonjour le matin. Je n’ai jamais été à l’aise avec cela, et faisais toujours en sorte d’esquiver ce moment.

J’ai continué comme ça durant toute ma scolarité. Au lycée, très souvent, les garçons de ma classe prenaient l’habitude de me checker, de me serrer la main, ou de me dire uniquement bonjour oralement. Ils faisaient la bise à toutes les filles à côté mais pas à moi. Cela ne me dérangeait pas, bien au contraire. J’appréciais que l’on prenne en considération le fait que je n’étais pas à l’aise avec un contact physique – même si plusieurs pensaient que j’étais comme ça car j’étais un « garçon manqué » qui voulait serrer la main comme les hommes.

Je sais que c’est un acte banalisé en France et que la manière de se dire bonjour change d’une culture à une autre : dans certaines sociétés, on peut serrer uniquement la main peu importe le genre des personnes concernées, se faire un câlin dans d’autres, ou ne pas introduire de contact physique.

Le serrage de mains, dans la société française, est un acte très souvent pratiqué entre les hommes pour se dire bonjour, entre hommes et femmes pour se dire bonjour dans des relations d’affaires, pour conclure un accord etc. Il symbolise le professionnalisme, le pouvoir, le respect.

J’ai été surprise en regardant un replay de l’émission « Comment ça va bien ! » (diffusée sur France 2 de 2010 à 2016) , où au moment de dire au revoir à des enfants, le présentateur disait aux petites filles « Tu me fais un bisou ? » et aux petits garçons « Tu me serres la main comme un grand ? ».

La bise est un acte pratiqué pour dire bonjour aux femmes, entre hommes – mais uniquement entre hommes très proches – ou encore aux enfants. Cet acte, lui, renvoie à la proximité, le contact physique, l’infantilisation. C’est aussi un bon exemple de la banalisation de la non prise en compte du choix des femmes à avoir ou non un contact physique.

En effet, étant totalement entré dans les moeurs françaises, on oublie peut-être qu’à l’inverse d’autres formes de « politesses », la bise inclut le contact de deux parties du corps plutôt intimes : la bouche et la joue.

C’est pour cela que j’ai mené le raisonnement suivant : le fait de normaliser le serrage de mains peu importe le genre des personnes concernées ne permettrait-il pas d’éviter d’autres actes non-consentis et aussi banalisés ? Comme le fait de poser la main sur la cuisse d’une femme quand on est assis à côté d’elle, de poser une main sur ses hanches ou en bas de son dos, et autres contacts physiques tout aussi insidieux et dérangeants (qui relèvent à quelques centimètres près de l’agression sexuelle, au regard de la loi), mais bien courants dans la vie des femmes.

D’après ma logique, si on banalise le fait de serrer la main ou de seulement dire bonjour oralement, on banalise aussi le fait d’accepter que le consentement est nécessaire à toute proximité intime, surtout quand il s’agit de contacts physiques et/ou sexuels.

Je me souviens d’une fois où j’étais avec ma soeur. Un homme s’approchait de nous pour nous dire bonjour et elle lui a tendu la main. Plus tard, pour lui dire au revoir, il lui a fait la bise. J’étais un peu choquée qu’il n’ait pas pris en considération le fait que elle ne souhaitait pas avoir ce type de contact physique.

Je précise bien que je parle ici de la société française, car il n’a encore jamais été prouvé – me semble-t-il – que dans les sociétés ou les hommes et les femmes ont l’habitude de se serrer la main, les hommes feraient plus attention au consentement des femmes. Néanmoins, cela peut être dû à d’autres facteurs sociétaux, différents de ceux que l’on a en France.

Le fait de traiter tous les individus de manière égale en se serrant la main, alimenterait l’effort pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

En effet, il n’est pas admissible de rabaisser les femmes par une infantilisation excessive (souvent sous couvert de bienveillance), à travers des bisous répétés chaque jour sur leurs joues. Les femmes sont les égales des hommes, et elle ont le droit, dès leur plus jeune âge de pouvoir disposer de leur corps comme elles le souhaitent, le droit de serrer la main des leurs pairs si elles le souhaitent.

Bien sûr, le non-respect du consentement quand il s’agit du corps des femmes et de leur sexualité ne vient pas du fait que l’on se fasse la bise, c’est un sujet beaucoup plus complexe, en lien avec la culture du viol qui est omniprésente dans notre société. Mais prendre l’habitude de serrer la main ou de dire bonjour oralement pourrait être l’un des points de départ de la prise en compte du consentement des femmes, et si ces dernières le souhaitent, de réappropriation de leur corps.

Il est grand temps que les hommes prennent conscience de la nécessité du consentement des femmes et entendent ce qu’elles veulent ou non.

Il est bien sûr nécessaire que cela soit à la femme d’exprimer ce qu’elle décide pour son corps d’abord.

J’invite toutes les femmes à tendre leur main la prochaine fois qu’elles ne veulent pas faire la bise à quelqu’un.

Et j’invite tous les hommes à serrer la main des femmes, à les écouter et à prendre en considérations leurs désirs et leurs choix.

Adèle

Initialement publié le 26/03/2018

Source de l’image d’accueil : @geoffmcfetridge via @cubiclerefugee (Tumblr)

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