CHARGEMENT

Tapez votre recherche

Culture Société Tous les articles

Ombre et lumière au Wakanda

Partager

Est-ce normal que les mots soient si difficiles à coucher pour moi, au sujet de ce film si attendu, médiatisé, et revendiqué ?

Parlons-en justement, de la revendication. En dépit de son statut de blockbuster, Black Panther, à mon humble avis, a surtout été perçu pour beaucoup comme un étendard. L’étendard non pas d’une, mais de plusieurs générations. L’étendard de la diaspora. De cette communauté noire, de tout âge, dispersée aux quatre coins du monde et avide de crier sur tous les toits ses idéaux, ses volontés, mais aussi ses maux.

Des photos et vidéos ayant inondés les réseaux sociaux, aux témoignages empreints d’une sincérité indéniable de spectateurs, en passant par des représentations et mises en scène artistiques en tous genre, illustrant le « Wakanda » et ses personnages – ou devrais-je même dire « personnalités » – emblématiques, la mobilisation et l’engouement autour du Marvel n’a échappé à personne. Pas à moi, pas à vous, ni même à eux.

Eux-même qui se sont peut-être (sûrement) enfin sentis compris et représentés dans un film. Eux même qui ont sûrement vu, au travers des paysages ancestraux du Wakanda, le reflet d’une Afrique « utopique », à la pointe de la technologie et auto-suffisante, mêlant modernité et ancestralité. Eux même qui se sont sentis submergés d’émotions en entendant leur petit dernier sortir de la salle de cinéma et s’écrier que quand il serait grand, lui aussi sera « un guerrier aussi fort que T’Challa ». Et si la représentation masculine permet aux jeunes garçons noirs de finalement pouvoir trouver des héros à leur « image », la beauté du film réside peut-être même plus encore dans le fait que la féminité, dans sa diversité la plus authentique et vraie, permet aux Filles mais aussi aux Femmes non pas de s’identifier, mais de réaliser l’importance, la beauté, la force qui les caractérisent, ainsi que le rôle et la place prépondérante qui leur sont dédiés.

Attention. Il ne s’agit pas ici de clamer une quelconque supériorité ou suprématie de la femme noire sur les hommes noirs, de la femme noire sur les femmes en générale, ou de la femme noire sur quiconque.

Au-delà même du pied de nez fait au diktat d’un type de beauté prôné, enjolivé, parfois même truqué par les magazines, et malheureusement intériorisé par bon nombre d’entre nous comme étant LA seule et unique représentation de la femme qui doive exister, c’est par-dessus tout la femme dans sa globalité et sa complexité, qui est mise à l’honneur et célébrée.

Tout du long, l’image de la société matriarcale africaine dresse le portrait de femme fortes et intègres, à la fois puissantes et fragiles, intouchables et sensibles, qui s’élèvent les unes AVEC les autres pour s’insuffler force, respect des siens et des autres, écoute, amour, savoir et connaissance au Wakanda.

Une attitude qui se matérialise, certes, aux travers de femmes noires, aux crânes rasés ou cheveux crépus, habillées en tenues ancestrales, mais qui au final mettent en avant une façon de penser et de se comporter que toute femme devrait intérioriser et mettre en application envers elle-même et envers les autres, quelle que soit son origine géographique ou sociale.

La question est maintenant de savoir si ces femmes avec un grand F dont on parle ont bien saisi la complexité du message.

Car si on reprend notre démonstration, il est vrai que le bruit médiatique autour de ce film n’a échappé à personne. Pas à moi, pas à vous, ni même à eux.

Ceux-là même qui, par peur d’être « jugés » du fait de leur couleur de peau, n’ont pas osé se rendre au cinéma. Ceux-là même qui ont déversé sur les réseaux sociaux montagne de fake news en tout genre, dénigrant et accusant les noirs d’actes de violence à l’encontre d’autres communautés pendant les projections. Ceux-là même qui ne se sont pas sentis « à leur place » une fois installé devant la toile.

Lorsque l’on analyse l’idée selon laquelle, en 2018, la sortie d’un Marvel – qui, de base, a pour vocation de divertir – puisse susciter d’un côté la mobilisation d’une communauté se sentant « enfin » mise à l’honneur, mais renvoyant ainsi une image pouvant être perçue comme fermée, de l’autre une seconde communauté partagée entre indifférence, violence mais aussi mobilisation et soutien, il me semble légitime de se dire que quelque chose ne va pas. N’est-ce pas là le reflet, écrit noir sur blanc, du clivage certain qui existe entre ces groupes ?

Est-il vraiment nécessaire de mettre au second plan certains pour que d’autre puisse briller ?

Car finalement, l’enjeu sous-jacent, à travers l’appropriation et l’interprétation que se fait chacun de ce film, est-il de mettre en marche la réduction de ce clivage, ou bien d’en inverser la tendance ?

Marianne D.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *