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Burn out : prémisses de ma nouvelle vie

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Si vous posiez la question à mes collègues, ils disaient de moi que j’étais ambitieuse, un brin carriériste et surtout que le travail représentait tout pour moi.

Source : Fanny Tosoni

Étudiante en communication en 2ème année de Master, j’étais également en alternance dans une entreprise. Je faisais partie de la « team communication », appelée aussi « les quatre nénettes de la com' » (on a connu plus valorisant). Nous, les quatre alternantes lâchées dans la jungle d’un groupe de 2500 personnes, pour lesquelles la communication était un domaine tout nouveau.

Incroyable mais vrai. Tout était à faire. Une opportunité en or !

Et parce que la communication était une nouveauté, nous n’avions personne pour nous épauler, personne pour nous accompagner, pour nous guider dans notre travail au quotidien.

Passionnée par la communication, j’ai toujours eu de l’ambition. Comme j’adorais mon travail, je m’y donnais corps et âme, et ce, dès le début de ma première année de Master. Je ne m’arrêtais pas. Jamais.

Pourtant un matin, je n’ai pas réussi à me lever. Je ne pouvais plus bouger. Bloquée sous l’effet du stress permanent auquel j’étais confrontée.

Comment en étais-je arrivée là ?

Les raisons sont multiples, même si encore aujourd’hui tout n’est pas forcément clair dans mon esprit.

Tout d’abord, les cours. Dès la première année de Master, une pression certaine s’est faite ressentir. J’ai commencé à rechercher l’excellence dans tout ce que je faisais. Même pire, j’en avais besoin pour me sentir vraiment bien. Non pas que cela me remplissait de bonheur, mais surtout parce qu’un fort sentiment de culpabilité m’envahissait si je ne donnais pas tout, si je ne me tuais pas à la tâche. Je me sentais coupable. Coupable vis à vis de mes parents, qui avaient placé beaucoup d’espoir et d’argent en ma réussite. Coupable vis à vis de mon école, dans laquelle je me sentais vraiment bien et qui demandait un certain niveau. Coupable vis à vis de moi même et de ma vision biaisée du bonheur et de la vie.

Alors j’ai tout donné, une année durant, pour les cours et le stage. Et ça a payé. Major de promotion, proposition d’alternance à la suite de mon stage… La perfection ! C’était mon début de vie rêvée.

Seulement voilà, à vouloir trop en faire, à tout donner sans jamais se reposer, on s’épuise. J’ai commencé ma seconde année de Master déjà sur les rotules. Dans le cadre de mon alternance, de nouvelles responsabilités me sont tombées dessus et j’ai dû faire face à une charge de travail digne d’une équipe de dix personnes et tout cela, tristement seule.

Chaque semaine, la charge de travail s’intensifiait. On me rajoutait des tâches, des projets, le tout dans des délais serrés.

Les trois autres alternantes avec qui j’étais en lien étaient dans le même cas que moi. Nous nous soutenions énormément, mais étant dans la même posture, nous ne pouvions rien changer aux difficultés de notre quotidien.

En parallèle, les cours se sont intensifiés, on me demandait beaucoup et j’avais, en plus, pris des engagements liés à la communication en dehors du cadre des cours et de l’alternance (oui, on constate ici une certaine tendance au masochisme). Noyée sous le travail, j’ai commencé à penser que si je n’étais pas en capacité de gérer cette charge importante de travail qui m’était assignée, c’était parce que je n’étais pas assez compétente. N’ayant aucun retour sur mon travail quotidien, j’ai redoublé d’efforts pour éveiller un soupçon de reconnaissance chez mes managers. J’avais besoin qu’on me dise que j’étais douée. Sans aller jusque là, j’avais juste besoin qu’on me dise merci.

Un jour j’ai décidé d’en parler à mon travail. De mon mal être, de mon manque d’assurance, de ce besoin de reconnaissance. La réponse que l’on me retourna fût la suivante : « prends du recul ».

Je demandais ce que je valais, et on m’envoyait promener comme une enfant qui faisait un caprice. Je commençais à perdre pied, je me sentais terriblement décrédibilisée, infantilisée, et j’ai commencé à ressentir de la honte. Honte de ce que je ressentais, de ce mal-être qui me rongeait un peu plus chaque jour et qu’on avait jugé si puéril. Comme si tout ce que je vivais (charge de travail monstrueuse, heures supplémentaires, stress, absence de management et de reconnaissance) était normal.

J’ai commencée à être bloquée au niveau de la nuque, à cause du stress. J’ai commencé à avoir de fortes nausées, à cause du stress. Je n’arrivais plus à dormir, à cause du stress.

Puis j’en suis arrivée à ce matin là, où je n’ai même pas pu me lever, incapable de bouger, face à une douleur intense. Et j’ai compris. Je me suis mise à pleurer. J’ai réalisé que ce travail que j’aimais, que je vénérait et qui prenait toute la place dans ma vie était en train de me bousiller de l’intérieur.

« Vous faites un burn-out ».
Le verdict du médecin fut sans appel.

Source : Fanny Tosoni

Moi, étudiante, du haut de mes 23 ans, complètement cramée de l’intérieur.

On fait mieux comme début de carrière. Je dirais même qu’on fait mieux comme début de vie.

C’est lorsque le médecin m’a dit de décrocher totalement de tout ce qui concernait le travail (les cours compris) que j’ai réalisé qu’il ne me restait plus rien. Plus de passion. Plus de loisirs. J’avais tout laissé tomber pour mon travail.

Plus rien n’était à sa place dans ma vie. Plus rien n’avait d’ailleurs de place dans ma vie, puisque j’avais laissé le travail m’envahir totalement. J’avais laissé tomber toutes mes barrières et limites. Si aujourd’hui je comprends comment l’école, et surtout l’entreprise, m’ont poussée dans ce trou, je me demande encore comment j’ai pu m’infliger ça à moi même.

Après plusieurs semaines d’arrêt maladie, l’esprit embrouillé par ces mois de travail acharné, j’ai pris la décision de tout arrêter. Un matin je me suis demandé « si je n’avais pas peur, qu’est-ce que je ferai ? ». La réponse était simple : j’arrêterais.

J’ai alors laissé tomber l’alternance, le Master, je me suis remise à écrire, à lire, à dessiner, à passer du temps avec ma famille.

Pour être tout à fait honnête, tout ceci est assez récent et c’est une aventure qui est loin d’être terminée. Je recommence seulement à envisager un avenir professionnel, un avenir personnel. Je commence seulement à pouvoir envisager un futur, loin de ce sentiment de culpabilité et de cette ambition démesurée, et plus proche de ce que je suis réellement.

Je pense que j’ai réalisé que ce que je cherchais tout ce temps, c’est à dire l’épanouissement et le bonheur, je ne le trouverai pas où j’étais persuadée de le trouver : dans le travail.

Nous avons tous des buts différents dans la vie . Mais le plus important, c’est qu’il ne faut jamais perdre de vue les buts que nous nous fixons nous mêmes et qui sont généralement pollués par les buts que les autres nous fixent. Il faut savoir s’écouter, se faire confiance et s’apprécier à sa juste valeur. Quand tout va trop vite et que l’on commence à se perdre, c’est faire preuve d’une force incroyable que de savoir dire stop, de faire une pause, de prendre du temps pour soi. C’est important d’être égoïste. Parce qu’on en a le droit, et personne ne doit vous faire penser le contraire.

Il faut pouvoir se lever chaque matin et se dire « je m’aime, et je m’approuve dans ce que je suis, dans ce que je fais ». Parce que c’est en étant nous même qu’on vivra pleinement et heureusement nos vies.

Fanny Tosoni

Initialement publié le 31/03/2018

Source de l’image d’accueil : Natalie Foss, @nat.foss (Instagram)

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