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Lynsey Addario : quand une photographe de guerre démonte les clichés

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Scènes de mort, de misère, de détresse. Là où vous n’avez pas envie d’être, Lynsey Addario vole. Capter la lumière dans l’apocalypse. « Tel est mon métier », autobiographie parue en 2015 aux éditions Fayard, retrace son parcours de photoreporter de guerre, entre aventures périlleuses et parenthèses intimes.

Women at war
Source : Lynsey Addario pour VII

Qui sont ces fous qui risquent leur vie au quotidien, dans le seul espoir d’obtenir une bonne photo ?

Dopés à l’adrénaline ? Inconscients ? Solitaires bornés et sans attaches ? Au contraire.  Lynsey Addario court sous les balles, entre illégalement en Lybie, parcourt les montagnes Afghanes, côtoie les Talibans. Mais elle doute, aime, échoue. Ce qui déroute, c’est la fragilité que l’auteur dévoile, tout le long de son histoire. Une sur-femme aux émotions de mortelle. Des confidences qui  la rendent  plus humaine et plus forte à la fois.

Women at war
Source : Lynsey Addario pour The New York Times

Jamais sûre d’elle, cette petite fille du Connecticut qui élit domicile à Delhi, Istanbul ou Londres démonte pourtant les codes un par un. Femme, mère de famille, la photographe fait figure d’électron libre dans la profession. Elle avance à tâtons à la manière d’une Forest Gump et de ces anti-héros qui réussissent tout, presque par mégarde. Elle s’étonne de recevoir les Prix Pulitzer et Mac Arthur (Graal dans le métier).  Elle court, Addario, ne reste pas en place, poussée par des pulsions qui l’envoient aux quatre coins du monde, mais surtout aux plus dangereux. Car la force de la photographe, c’est son instinct. C’est lui qui lui dicte sa route, la sauve, et la fait repartir. Pour elle, c’est viscéral. « Mon problème, ce n’est pas de savoir si je dois me rendre en Egypte, Irak ou en Afghanistan, c’est que je ne peux pas être partout à la fois. ».

Yemen
Source : Lynsey Addario
Lynsey Addario, National Geographic

Car si la reporter s’embarque dans ces galères, c’est qu’elle croit dur comme fer à l’impact de ses photos sur l’opinion publique et les décisions politiques. Son arme, c’est son objectif. Qui s’acharne à trouver le détail au milieu du néant, un éclat parmi la poussière. Des regards pleins de vie qui sortent pourtant du chaos. Et ça marche. Confronté à la réalité mise sous son nez, le lecteur s’interroge sur son propre rôle à jouer dans tous ces évènements qui font l’Histoire du XXIe siècle. Tour à tour choqué, embarqué dans les paysages d’un Moyen-Orient déchiré, confronté à des images sublimes de la misère humaine, il voyage, rit, s’affole de la cruauté et de la splendeur du monde.

Moriam Katu, 50 ans, camps pour les réfugiés Rohingyas à Sittwe, au Myanmar
Source : Lynsey Addario

Ces paradoxes, omniprésents,  font tout le rythme et la crédibilité du récit. Contradictions assumées d’un métier pas comme les autres, à gagner de l’argent en travaillant auprès des plus démunis, à prendre des photos dans des situations inappropriées, à parler d’amour après la mort. « J’ai choisi de vivre en paix et d’être témoin de la guerre : d’affronter le pire chez l’homme, mais de ne pas oublier la beauté. »

Bhutan
Source : Lynsey Addario

Chloé

Initialement publié le 01/02/2018

Source de l’image d’accueil : Lynsey Addario, National Geographic

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