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Témoignages

Boy bye ! Ou l’obsolescence programmée de la technique du “tout mais pas trop”

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Je n’ai jamais rencontré un homme qui me plaît, dont les interactions (tant sexuelles, que de séduction, ou de conversation) me satisfaisaient, et pourtant, jusqu’ici, je suis convaincue d’être attirée par eux.

Source : Roshbena @Roshbena (Instagram)

J’ai fait ce constat quand j’en ai eu marre de Tinder, après d’inlassables dates qui, avec du recul, ne méritaient pas que je mette un pied hors de chez moi. Ce qui est fait est fait. 

Je ne suis pas moi-même sur Tinder. J’ai le chic de m’entraficoter avec des hommes que j’estime un peu plus bêtes que moi, manipulables, avec qui il n’y a aucun enjeu, puisque d’une part, je ne leur présente pas le « vrai moi », et parce qu’il n’y a généralement aucune chance que j’éprouve des sentiments un jour pour eux. 

En gros, je baisse mes standards en connaissance de cause : « C’est juste pour la baise ! ». 

Oui mais voilà, je n’ai jamais été vraiment satisfaite sexuellement, j’ai été lassée de devoir me censurer, de ne pas me présenter telle que j’étais, et d’avoir à endurer des conversations de merde. 

Je ressens aussi cette chose (mais dans une moindre mesure) quand je rencontre des hommes « dans la vraie vie » : je suis très vite déçue. 

Au final, j’ai donc décidé d’arrêter Tinder. Les hommes m’ont dégoûtée, le sexe m’a dégoûtée, et je me suis sentie… libre ! Enfin seule, enfin moi ! Mes humeurs, mes projets, mes poils.

Source : Mélodie Perrault @melodieperrault (Instagram)

Oui, parce que ne pas être moi, ça allait de pair avec le fait de correspondre aux standards hétérocentrés dominants… Et ça aussi, ça m’a fatiguée. J’ai même commencé à penser que je n’étais pas hétéro. 

Parce qu’être hétéro, pour moi, ça voulait dire entre autres, accepter les relations de séduction hétéro : ne pas faire peur à l’homme, accepter de devoir m’épiler, faire semblant d’aimer le sexe, proposer le cocktail parfait du “tout mais pas trop” (intelligente mais pas trop, salope mais pas trop, gentille mais pas trop, j’ouvre ma gueule mais pas trop).

Mais aussi accepter des comportements qu’on excuse trop souvent, ou certaines débilités masculines (ou devrais-je dire le manque d’éducation au masculin), ce qui m’a souvent valu d’entendre la douce opinion qui est la suivante quand je m’en plaignais : « J’aime pas faire des généralités, mais ça c’est un truc de mecs, ils sont tous comme ça ». 

Bah au fond, ouais, parce qu’on est tous les enfants d’une même société. Les hommes intègrent certains comportements et certaines opinions (les femmes aussi), et les femmes intègrent que les hommes intègrent certains comportements et certaines opinions… je vous laisse imaginer. 

Selon moi, cela fait partie du problème. On intègre toutes jeunes, en tant que filles, qu’une part de la réussite et du bonheur c’est de plaire aux hommes, voire d’être en couple, et cela très tôt. Je m’entends encore dire « J’veux un meeeec », phrase que j’ai inlassablement répétée pendant tout le collège et le lycée.

On nous apprend que c’est eux qui nous valorisent (je me souviens encore avoir été contente quand on me complimentait – harcelait- dans la rue). 

Nous avons appris au cours de notre socialisation, et/ou de ce que nous avons tiré de nos propres expériences, à nous comporter d’une certaine manière avec les hommes, à nous satisfaire de peu de choses de leur part (surtout sur le plan des qualités intellectuelles et morales). 

Nous avons appris à accepter que si quelque chose ne nous plaît pas dans leur comportement, souvent « c’est comme ça ! » (“boys will be boys”), nous ne pouvons rien y faire, les hommes ont été dépourvus de moyens d’action et de remise en question à la naissance ! Moi qui croyais que la nature faisait bien les choses.

Source : @textfromyourexistentialist (Instagram)

J’ai pensé d’abord que j’avais ma part de responsabilité dans ces interactions et rencontres aussi peu stimulantes

Certes, j’ai souvent baissé mes standards à demi consciemment. Mais en fait, je crois qu’il est plus pertinent de dire que j’ai intégré des normes, un certain comportement à adopter, et surtout que mon éducation a façonné les attentes que je devais avoir envers les hommes. 

Et je me suis construite comme ça. Ok. 

Mais pas de quoi culpabiliser pour autant. Je peux dire, désormais, que je suis décidée à ne plus accepter ces règles, car elles ne me rendent pas heureuse, ne me font pas me sentir pleinement moi-même. 

Je vais désormais refuser ce qui ne me convient pas, je ne vais pas avoir peur d’être moi, je ne vais pas avoir peur d’être seule ! 

L’alternative ,c’est aussi de mettre les hommes que je rencontre et/ou avec qui je baise devant le fait accompli : “C’est faux ce que tu dis”, “Ne parle pas de choses que tu ne connais pas”, “Non c’est non”, “Ne mets pas ta main là”, “Le clitoris c’est ici”… j’en passe et des meilleures. 

Dire ce que l’on pense, éduquer, c’est une chose que je respecte. Mais là, maintenant, j’en ai pas la patience.

J’apprécierais que les hommes s’éduquent eux-mêmes, tout au moins posent les questions. J’opte donc pour la formule radicale, le retour au terroir : l’abstinence, l’introspection.

A ce jour, cela se traduira par le fait d’arrêter d’être à la merci de mes envies sexuelles, si je sais qu’elles ne vont pas être assouvies d’une façon qui me convient, et si je sais que le mec ne me plaît qu’à moitié. 

Je vais apprendre à être patiente, et à reporter cette énergie sur autre chose, un bon livre, une série, une dissert à rendre, un savoureux moment à me masturber.

Je vais m’écouter, être plus fidèle à mes besoins et mes envies profondes.

Je vais attirer à moi ce qui me correspond.

Source : @Pollynor (Instagram)

Emma

Initialement publié le 22/01/2018

Source de l’image d’accueil : Roshbena @Roshbena (Instagram)

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